Townes Van Zandt est face à la caméra. Il nous présente son
épouse, Cindy, et sa chienne, Darlene. Il a un chapeau de cow-boy sur la tête,
un fusil dans la main gauche et une bouteille de whisky dans la main
droite ; ou l’inverse. Ayant brusquement besoin d’aise et un souci de
mobilité, il tend le fusil à sa femme et le chapeau à la chienne ; ou
l’inverse. Il garde le whisky.
Il fait le pitre.
La séquence se poursuit par une visite du
« backyard ». Townes montre du doigt un terrier de lapin, puis un
deuxième, plus grand, pour un plus grand lapin ; et un troisième dont
l’entrée est si grande que des planches sommairement assemblées, de la taille
d’une porte, ont été placées là pour en obstruer l’entrée, façon couvercle ;
appelons ça une trappe. Townes se penche pour soulever la trappe. L’ébriété le
trahit, il perd l’équilibre et se retrouve sur les fesses, les jambes à moitié
sous la trappe. La caméra est toujours fixée sur lui. Townes flaire
l’opportunité de se donner davantage en spectacle. Il se laisse glisser petit à
petit dans l’orifice en hurlant qu’on l’aide à se sortir de là, quelque chose
lui a attrapé la jambe. Nous basculons avec lui. Dans une version horrifique
d’Alice, dans Creepshow, dans le « Sacré Graal » et son lapin tueur, dans
un cartoon de Tex Avery. Dans un univers situé à des années lumière de ce que
l’écoute de ses chansons, pour qui ne saurait rien de son interprète, révèle de
son auteur. Cette séquence, fût-elle influencée par l’usage de stupéfiants, est
en elle-même stupéfiante car Townes Van Zandt est connu comme l’auteur des
chansons parmi les plus tristes jamais écrites.
La scène a été tournée dans la périphérie d’Austin, Texas.
Nous somme à l’automne 1975, peut-être même au début de l’hiver. Townes Van
Zandt a déjà enregistré ses albums majeurs, le dernier, justement titré
« The Late Great Townes Van Zandt », remonte à trois ans déjà. Townes
marque une pause dans sa production et traîne ses bottes avec la plèbe,
réprouvés et contestataires – plus quelques chiens –, dans un « Trailerpark »
à Clarksville près d’Austin. Au vue des images, il a l’air de bien s’y amuser.
Townes Van Zandt est entré très tard dans ma vie. Je
n’allais pas très bien, et il était déjà mort. Notre relation ne se plaçait pas
sous les meilleures auspices.
La séquence figure dans le documentaire « Heartworn
Highways ». Son réalisateur au nom imprononçable a réussi à le sortir en
salles en 1981. Je faisais une fixette sur les années 70, c’est probablement
pourquoi je l’ai visionné. Les années 70 m’ont vu grandir, mais moi, je n’ai
jamais rien fait que les voir rétrécir. Dans une tentative désespérée de faire
ressurgir des souvenirs enfouis, des actes manqués, des icônes votives, je me
suis mis à regarder des images de cette période, des films parfois, des
documentaires le plus souvent. C’était une entreprise nostalgique, je reconnais.
Il a été dit que Townes Van Zandt avait choisi sa voie en
regardant Elvis Presley, en écoutant Hank Williams, les premiers Dylan (avant
Newport et le violon électrifié) et surtout Lightnin’ Hopkins. Retenons pour le
moment Lightnin’ Hopkins qui en connaît un rayon question tristesse. Ecoutons
Sam Hopkins nous éclairer :
« Vous savez, le
blues, c’est pas quelque chose qui est facile à bien comprendre. C’est comme la
mort, tout comme. Je vais vous dire, pour le blues. Le blues, ça vous habite,
ça vit avec vous, tous les jours, partout. Tenez, vous pouvez avoir le blues
pasque vous êtes sans le rond. Vous pouvez avoir le blues pasque votre nana est
partie. Le blues, ça vous arrive de tellement de façons différentes que c’est
dur à expliquer, comme qui dirait. Mais chaque fois que vous vous sentez
triste, vous pouvez aller dire au monde entier que ce que vous avez, c’est le
blues. Et rien d’autre. »
Dans un autre documentaire, « Be Here to Love
Me », Townes Van Zandt toise un jeune interviewer ayant eu le toupet de
lui demander pourquoi ses chansons étaient si tristes. Townes s’offusquerait
presque. A la façon d’un entraîneur de sport d’équipe qui réprimanderait un
élément rétif (« si tu veux pas jouer collectif, t’as qu’à aller jouer au
golf ! »), il lance cet oxymore : « si tu veux de la musique
joyeuse, t’as qu’à aller écouter du blues. Le blues est une musique joyeuse !
»
Il n’est pas très aimable dans cet interview, Townes. Il
prend sa mesure, et sa mesure est démesure. Sa compréhension de la tristesse
serait incompréhensible à Lightnin’ Hopkins, elle se situe au-delà. La
tristesse de ses chansons est un cran au-dessus. Townes Van Zandt est le point
culminant de la chanson triste. Magnanime, il jette un dernier os à ronger à
l’interviewer décontenancé : « oui, certaines de mes chansons sont
tristes, la plupart sont seulement... [seconde de réflexion]...
désespérées ».
Townes Van Zandt s’est marié en 1965. Sa première épouse,
Fran, le voit s’isoler jusqu’à pas d’heure dans son antre secrète, seul avec sa
guitare. Un soir, elle le voit en sortir tel Archimède, la toge dégouttante sur
le sol, tel Jupiter, les doigts crépitant d’étincelles après avoir inventé la
foudre, les cinquante étoiles du drapeau américain brillent dans les yeux de
Townes : il vient d’écrire sa première chanson !
Piquée de curiosité, l’amoureuse transie demande à son mari
aimant et méticuleux de la lui jouer, s’attendant à je ne sais quelle ballade
bucolique, hymne à la joie, ode à l’amour éternel, romance et moeurs adoucies. Townes
chante. Fran déchante. La chanson en question, c’est « Waitin’ Around to
Die ». Un panneau clignotant s’allume dans le cerveau de Fran : pour
la première fois, le mot « divorce » se présente à elle comme une perspective
d’avenir réaliste.
« Heartworn Highways » propose aussi deux chansons
(l’une est en bonus sur le DVD, les deux sont sur Youtube). L’équipe de
tournage s’est installée à l’intérieur d’un mobile home. Townes est au premier
plan, un homme âgé et une jeune fille sont en retrait. Le plan est parfait. C’est
un Tableau de Maître. C’est une image pieuse.
Townes chante « Pancho and Lefty », puis
« Waitin’ Around to Die ».
L’homme âgé se fait appeler Oncle (Unk) Seymour
Washington ; il est célèbre dans cette petite cour des miracles de
Clarksville. Il est célèbre pour ses barbecues. Les barbecues d’Unk Seymour
sont réputés au-delà des limites de Clarksville. On vient de loin pour se
réchauffer autour des braises, sentir les aromates.
L’identité de la jeune fille a longtemps été matière à
controverses avant que l’on s’accorde à dire, photos et témoignages à l’appui, qu’il
s’agit de Phyllis Ivy. Une poignée de jeunes filles révoltées, pourvoyeuses ou
consommatrices de codéine, gravitent autour de la communauté paumée de
Clarksville. Phyllis est l’une d’elle.
Pendant « Waitin’ Around to Die », la caméra est
attirée par quelque chose au second plan. Il se passe quelque chose. Ce qu’il se
passe : Unk Seymour pleure. Le caméraman zoome sur les larmes d’Unk
Seymour. Chaque fois que je regarde cette scène, ça me chamboule tout profond à
l’intérieur.
« Waitin’ around to die » est la chanson que
j’aime le plus. « Pancho and Lefty » est la chanson la plus obsédante.
Une nuit, je l’ai chanté en rêve. Le public a réagi
positivement. La nuit suivante, j’ai recommencé. Il n’y avait plus de public, j’étais
tout seul. C’est aussi bien comme ça.
Townes Van Zandt était peu disert sur ses chansons, leur
origine, leur signification. Il répétait à qui voulait l’entendre que « If
you needed me » s’était présenté à lui dans son sommeil et « Pancho
and Lefty » à travers la fenêtre d’un hôtel poussiéreux. Comme ça. En
provenance de nulle part. « Out of the blue ». Interrogé sur ce qu’il
avait voulu dire par telle ou telle parole, il déclarait n’en savoir foutre
rien ; et on était tenté de le croire. J’ai passé des heures entières sur
un forum se proposant de livrer une explication définitive aux paroles de
« Pancho and Lefty ». Après ce qui m’a semblé être un grand moment de
solitude, je suis enfin tombé sur une interprétation analogue à celle que je
m’étais forgé (moi, pauvre petit campagnard d’un lointain pays de cocagne, ne
comprenant de toute façon l’anglais qu’à demi-mot), quand j’écoutais « Pancho
and Lefty » de loin, à un continent et quatre décennies de distance.
Rick Bragg, écrivain primé, insère le premier couplet en
citation liminaire de son best-seller « All over but the shoutin’ ». Mais
il (lui ou son imprimeur) transforme la dernière ligne en « Saddled to
your dreams » (au lieu de « And sank into your dreams »). Ça
m’ouvre des perspectives. Ça me laisse une moitié de champ libre. Moi-même, j’aimerais entendre
« The dust that Pancho beat
down south / Ended up in Lefty’s mouth» au lieu de « The dust that
Pancho bit down south ». Ça
me ferait plaisir. Ça atténuerait mon obsession, adoucirait mes rêves.
De son vivant, tandis que la réputation de « Pancho and
Lefty » grandissait, que ses paroles sibyllines intriguaient, Townes,
roublard et cauteleux, s’est plu à brouiller les pistes, apportant une
dénégation ici, une surprise feinte là, minaudant, ravi de l’intérêt qu’on lui
portait mais n’en disant jamais plus. C’est aussi bien comme ça.
Quand Townes est entré dans ma vie à ce moment où je
n’allais pas bien, j’avais fait la récente acquisition d’une voiture
d’occasion. Un achat précipité et une véritable erreur de jugement. C’était une
voiture accidentée. Un mécano, habile mais limité, l’avait rafistolée tant bien
que mal (et plutôt mal). Pour parfaire la ressemblance avec un matériel neuf,
manufacturé en série, il avait rajouté un lecteur CD/MP3 mais n’avait pas
trouvé la combinaison pour que le déclenchement et l’arrêt de l’appareil se
fasse sur l’ordre exclusif de l’usager. Si bien qu’aussitôt la portière
ouverte, Townes commençait à chanter. Arrivé à destination et moteur arrêté, ma
personne déjà extraite du véhicule, Townes continuait sa complainte, jusqu’à
l’extinction de l’appareil passé un délai de mise en veille incompressible (ni
moi, ni le mécano, ni personne n’a jamais pu en ajuster le réglage).
Imaginez-moi sortir de la voiture dans un lieu public. C’était un véritable
crève-coeur de laisser Townes à sa chanson triste, tout seul à l’intérieur de
l’habitacle, les éventuels témoins de la scène me regardant drôle et se
demandant si la situation relevait de la non-assistance à personne en danger. Passons.
Une autre fois que j’exposais mon erreur d’achat à un ami, portière ouverte, ça
n’a pas loupé, Townes a bien entendu entamé sa rengaine. Jamais avare d’un bon
mot, mon ami m’a demandé : « Et à la fin de la chanson, il se
suicide, c’est ça ? ». Je me suis senti visé. Cet ami détecte les
émanations de tristesse. Et Townes Van Zandt interprète des chansons tristes. Moi
je ne m’en aperçois quasiment plus. La tristesse est mon vêtement, je me lève
avec elle, je m’endors avec. La tristesse est mon manteau, mon pyjama, mon bleu
de travail, mon costume du dimanche, elle me colle à la peau. Elle est ma peau.
Townes m’est de douce compagnie car la tristesse est partie intégrante de ma
personne. Cet ami providentiel m’avait percé à jour. Que cela soit dit : je
suis un triste sire. Ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Et, sans
me vanter, j’ai un très gros nez.
Non, Townes Van Zandt ne s’est pas suicidé à la fin de la
chanson. Il a enlevé le chapeau de cow-boy, il a rangé le fusil, il a changé de
femme. Il a gardé la bouteille de whisky.
Après cet hiver 1975-76, il a recommencé à écrire des
chansons, à une cadence moins frénétique que dans ses vertes années. Il a peiné
à écrire ces chansons, peiné à les interpréter sur scène et peiné aussi à les
sortir sur disque.
Sa peine faisait peine à ses fidèles.
Townes Van Zandt était un artiste « culte » (avant
que le terme ne soit dévoyé), c’est-à-dire que le grand public l’ignorait. Ses
disques majeurs ne s’étaient pas vendus, les suivants ne se vendront pas. Ses
fidèles l’adulaient. Une poignée de proches initiés le vénéraient,
s’agenouillaient pour lui baiser les pieds et le couvrir de présents (myrrhe,
encens, produits à base de houblon ou d’orge fermentés, sirop, pastilles,
pilules chimiques ou herbes naturelles, jetons de casino). Lors d’une fête
privée, Townes est fatigué. Il se met à l’écart, trouve un coin et s’adosse au
mur. Ses fidèles ont sacralisé ce mur, l’ont transformé en chapelle
dévotionnelle. Les fidèles défilaient en ordre monastique, déposant
délicatement bibelots et autres quincailleries sur l’autel improvisé, un petit
banc en cèdre de Californie. Les plus fervents restaient prier, d’autres se
contentaient de s’accroupir en fumant de l’herbe, le regard dans le vague. Deux
fois par semaine, quelqu’un passait faire la poussière, racler la cire des
bougies consumées et balayer les cendres de cigarettes. Neuf fois sur dix, c’était
une jeune fille. Townes Van Zandt était aimé.
Quelques petites choses cependant ne se passaient pas comme
prévu. Kevin Eggers, ami fidèle, boss du label Poppy Records, envoyait Townes
en studio à Nashville enregistrer l’album du retour mais, percevant soudain de
mauvaises vibrations, Eggers omettait de payer la facture. Le studio garda les
bandes, l’album ne sortit jamais. Townes peinait à se produire sur scène, les
programmateurs ne sachant pas s’il aurait affaire à un spectre en début de
sevrage, tremblant de tous ses membres, ou à un baratineur impénitent – « more
music, less talk ! », entend-on sur des « bootlegs » –, ne
sachant pas quel diable sortirait de la boîte. Les tourneurs hésitaient, le
stylo tournait indéfiniment au-dessus du contrat, Townes ne se produisit plus
qu’épisodiquement sur scène. Steve Earle, ami et disciple, se détourna de son
ami et modèle après une partie de roulette russe pathétique.
Townes n’était pas facile à suivre.
Son coeur se déchirait à la vue d’un chien blessé ou d’un
sans-abri squelettique et frigorifié mais envers ses amis, ses proches, son
fils, la chair de sa chair, il n’était qu’indifférence. Un animal à sang froid.
Townes s’était engagé sur une route bien précise, à la recherche
de la chanson parfaite, ne s’arrêtant que pour secourir les chiens blessés et
les vagabonds fauchés. Ses fidèles avaient entendu parler de cette route mais à
moins de se métamorphoser en chien blessé ou en sans-abri squelettique, ce qui
n’est pas dans les cordes de tout le monde – on se serait de toute façon
aperçu de la supercherie –, ses fidèles finirent par se dire qu’il était
impossible de l’accompagner sur cette route où nul ne l’avait précédé et où nul
ne le suivrait. Ils le sentaient confusément en dépit de sa peine qui leur
faisait peine : cette route, Townes devait la faire tout seul.
Au milieu des années 90, certaines choses lui tenaient
encore à coeur. Tim Foljahn et Steve Shelley (batteur de Sonic Youth), de
jeunes pousses, appartenant à la génération suivante, nouvellement convertie,
lui proposèrent de produire un album sur une major et Townes considéra la
proposition avec intérêt car cela lui tenait particulièrement à coeur. Au
premier rendez-vous, il arriva en fauteuil roulant. Il s’était fracassé la
hanche la veille, en glissant sous la douche. Ce qui montre bien qu’il
attachait de l’importance à cette rencontre : il avait fait sa toilette. Il
n’y eut pas de second rendez-vous.
Pendant tout ce temps, du milieu des années 70 aux années
90, une question centrale taraudait ses fidèles. Ils se refusaient à se la
poser tout haut, car cette question eut été blasphème.
En 1962, Townes saute du quatrième étage d’un immeuble,
juste pour savoir l’effet que ça fait ; à titre purement instructif. Il
s’en tire sans trop de dommage. En 1964, il passe plusieurs mois en maison de
santé, les psychiatres diagnostiquent des troubles dépressifs et des tendances
suicidaires, la routine. Broutilles du point de vue de ces gens hautement
qualifiés : rien que des ajustements minima à la vie et des séances rapprochées
d’électrochocs ne soient susceptibles de guérir. Les troubles résistent aux
électrochocs. Townes procède aux ajustements minima. Il se marie en 1965, écoute
Lightnin’ Hopkins, se choisit une carrière d’artiste, trace la route, s’isole
dans des chambres d’hôtel bon marché, absorbe alcool et drogues en quantité
massive, codéine surtout, parfois de l’héroïne lorsqu’il trouve où s’en
procurer, que le tarif n’est pas exorbitant. Il overdose en 1972. Transporté à
l’hôpital, un médecin expérimenté qui en a vu d’autres le prononce « mort
à l’arrivée ». Ses mâchoires sont soudées l’une à l’autre, l’oxygène ne
pénètre plus dans ses poumons ; le coeur, solidaire des poumons,
s’arrête ; le sang n’irrigue plus le cerveau. Un médecin moins
expérimenté, un idéaliste sûrement, se saisit d’un marteau et fracasse les incisives :
les poumons respirent. Reste le coeur. Choqué à deux reprises, il reprend son
activité de pompage sanguin : la mort cérébrale n’a duré que quelques
minutes. Townes en garde peu de séquelles : il a une bonne constitution. On lui
propose pour la trentième fois de se désintoxiquer, il accepte, et pour la
trentième fois, la désintoxication échoue. Dans la deuxième partie des années
70, Steve Earle le regarde jouer seul à la roulette russe, puis interrompre
capricieusement le jeu au troisième tour de barillet. Earle est choqué et
humilié, il ne comprend pas. Townes est un joueur compulsif, plutôt chanceux. Il
participe à des parties de poker tendues, face à des adversaires tatillons sur
les règles, une main crispée sur une arme à feu, sous la table.
Je n’invente presque rien. Toutes ces anecdotes (sauf une) sont
avérées, elles figurent dans la biographie « A deeper blue » de
Robert Earl Hardy et dans le documentaire « Be here to love me » de
Margaret Brown.
Aussi, la question blasphème que ses fidèles évitaient de se
poser et se forçaient à refouler dans les recoins les plus obscurs de leur psyché
était celle-ci : comment diable, après toutes ces frasques, Townes Van
Zandt était-il encore vivant ?
L’alcool et les drogues limitaient ses moments de lucidité,
mais Townes avait parfois des éclairs extralucides. Il avait le pressentiment
d’être voué à l’accomplissement d’un destin karmique. Son père était mort d’une
crise cardiaque à l’âge de 52 ans et Townes se persuada que le même sort lui
serait dévolu. Le fils instable, vagabond et autodestructeur n’ayant eu dans la
vie aucun rapport avec le père, homme de loi, preux héritier d’une riche et
noble famille texane, en aurait peut-être au moins un, dans la mort.
Cela arriva le jour de l’an 1997 (jour anniversaire de la
mort de Hank Williams soit dit en passant). Son coeur cessa de battre. Il avait
52 ans.
-
« Heartworn
Highways » de Jim Szalapski.
« Be here
to love me » de Margaret Brown.


Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire