(2) L’écrivain exigeant est ennemi des idées toutes faites
et des phrases toutes faites. L’écrivain exigeant se fait livrer ses phrases en
kit, avec un manuel d’instruction en caractères cyrilliques ou asiatiques, pour
une plus grande liberté d’expression.
Le passant regarde le résultat au parc. L’oeil met longtemps
à s’accoutumer car l’agencement n’est pas banal, mais le passant s’en retourne
en se disant que, finalement, c’est pas si mal.
L’écrivain exigeant est, certains jours, comme le receveur
des postes ou le ramasseur de volailles, sujet à la fatigue. C’est rare, mais
ça arrive. Dans ces instants de faiblesse, il lui arrive par inadvertance de faire usage d’une
phrase ou d’une expression toute faite (par exemple : « idée toute
faite »). L’écrivain exigeant se juge sévèrement, ne se pardonne pas cet
instant de faiblesse et commande aussitôt de nouvelles phrases livrées en kit,
un kit contenant plus de pièces et aucun manuel.
L’oeil du passant met alors beaucoup plus de temps à essayer
de s’accoutumer, il place une main sur les yeux de son enfant, au cas où il y
aurait là quelque chose d’obscène, on ne sait jamais. Tout en se disant que ça
ne doit pas être si mal puisque c’est là et que ça existe.
La nervosité de l’enfant se propage à la main placée devant ses
yeux, le chien tire sur sa laisse. Le trio s’éloigne, en direction d’éléments de
décor plus familiers, dont la fonction au réel est plus facilement identifiable :
une balançoire, un cheval à bascule. Le chien, qui est le meilleur public au
monde, s’amuse avec un petit bâton.
(3) Jean Giono, Jean Guéhenno et Louis Guilloux étaient fils
de cordonniers. Ils avaient ainsi hérité de dispositions naturelles
pour nous faire marcher. Deux d’entre eux ont fait carrière dans la fiction.
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