« Brut » se compose d’un cri d’alarme de Melina Laboucan Massimo, d’un reportage de David Dufresne, excellent complément à son « webdocumentaire » et jeu interactif Fort McMoney, d’un cri d’indignation de Nancy Huston et d’un échange de hauts cris entre la même Nancy Huston et Naomi Klein. On crie beaucoup dans « Brut », de concert avec les derniers habitants de la nation crie du lac aux Castors, et ceux du pays cri Lubicon. Nous ignorions d’ailleurs cette nouvelle convention consistant à ne plus écrire indiens, amérindiens, indigènes mais « Premiers habitants », « Premières nations ». Les conventions nous importent peu, nous devinons assez bien, derrière la dénomination écrite, la souffrance des hommes, des femmes, des enfants. Nous imaginons la terre de leurs ancêtres, le sol sous leurs pieds (pour ceux qui ont eu la chance de naître avec des pieds, vue la vitesse à laquelle apparaissent cancers rares et malformations dans les communautés autochtones, ce sera bientôt un luxe). Aux épices des Indes succède le pétrole des plaines de l’Alberta et le même objectif en ligne de mire : le profit. Et ses corollaires : les mauvais traitements infligés à ceux ayant eu la malchance de se trouver entre l’Homo Avidus et l’objet de sa convoitise.
« Brut » est aussi l’occasion de retrouvailles avec David Dufresne et son compère Philippe Brault (la photo de la couverture est de lui). Nous lisions Dufresne au temps de « Tant qu’il y aura du Rock » et de « Combo ». Nous avions ensuite perdu sa trace au virage hip-hop, à la chicane pigiste. Mais il nous arrivait de l’apercevoir (était-ce une illusion ?) à la télé, au milieu du public de l’émission « Nulle Part Ailleurs ». Plusieurs fois. Et puis, surprise, le revoilà citoyen canadien et activiste du web, auteur de documentaires, apparaissant dans d’autres (« Une contre-histoire de l’internet »). Son reportage sur l’hallucinante — mais hélas, bien réelle — ville-champignon Fort McMurray est une pépite de journalisme percutant, gonzo mais pas trop, dans un style Libé-années 80 (ou ce que j’imagine en être), tellement plaisant qu’il nous faut maintenant nous pencher sur « Tarnac, magasin général » dont la longueur nous avait jusque-là découragé.
Le texte de Nancy Huston est quant à lui sans surprise, c’est-à-dire parfait. Comme tout ce qu’elle fait.
« Brut, la ruée vers l’or noir », Lux éditeur, 2015.
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Oui, certes.
Mais alors...
En admettant que...
Non, je veux dire, si...
Disons, dans l’hypothèse où...
Récapitulons (toi tu crèves, toi tu crèves, toi tu crèves et t’as mal, toi on verra plus tard mais j’donne pas cher d’ta peau) les données collectées...
Mettons que — c’est une projection sur l’avenir, le coefficient de probabilité n’a pas été mesuré au dixième de virgule près —, mettons donc que — et tant pis pour la phonétique occlusive —, concluons donc que...
Fichtre ! Saperlotte ! Diantre soit des gandins et des radasses ! Monstre sycéphalien ! Fourches patibulaires ! Diable cornu ! Sainte-Nonne venez-nous en aide si je me trompe, mais non.
Mais oui... nos prévisions disent vrai.
Nous allons tous mourir !

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