Nous devons maintenant utiliser notre véhicule (polluant, mais bon) et aller à la déchetterie la plus proche (pas tellement) pour y déposer délicatement nos déchets verts. L’espace et le temps dévolus aux déchetteries n’étant pas illimités, considérée l’immense quantité de déchets qu’elles doivent stocker, elles n’ont parfois pas d’autres choix : elles les brûlent.
On nous a confisqué le feu.
Hardi petit ! Bientôt quelqu’un inventera un pulvérisateur chimique permettant d’accélérer la décomposition naturelle des déchets verts. Nous serons ainsi assuré de livrer à notre descendance un monde sain, inoffensif, préservé et purgé de toute violence humaine (et avec un peu de chance, ils trouveront aussi une solution pour réduire la mesquinerie du voisin).
« Ah le feu ! Fléau de Prométhée, grilleur de marshmallows, anéantisseur de bois mort »
Tahiti Bob (Simpsons, saison 03, épisode 21)
Norman Maclean a consacré les quatorze dernières années de sa vie à la rédaction de « La part du feu » (« Young men and Fire »). A la mort de Maclean, le manuscrit était inachevé.
Cela ne se voit pas.
« La part du feu » est une enquête passionnante sur un incendie de forêt survenu dans le Montana en 1949, au cours duquel dix combattants du feu périrent.
Le premier livre de Norman Maclean « And a river goes through it » est quelque chose — après les paroles de « Wayfaring stranger » et celles de « Ramblin’ Man » — comme l'un des meilleurs trucs jamais écrits par un citoyen américain. Il a été publié en 1976, Maclean avait 73 ans.
Jusque-là, Maclean avait été employé au Service des Eaux et Forêt des Etats-Unis, pompier, professeur, universitaire, curieux de nature et sacrément doué pour raconter des histoires. Maclean dit de l’incendie de Mann Gulch en 1949 qu’il est « devenu, sans en avoir vraiment conscience sur le moment, une petite part de son histoire ». Cette phrase peut se lire dans les deux sens. L’éditeur dit de ce livre (Maclean avait résolu de l’écrire « pour essayer de comprendre ») qu’il est « une histoire à la recherche d’elle-même en tant qu’histoire ». Idem.
Nous l’avons lu depuis trop longtemps pour en faire une relation précise et pertinente mais le souvenir que nous en avons est un très bon souvenir. C’est un livre sur le souvenir, sur le feu, et sur Norman Maclean. Trois bonnes raisons de le lire.
Norman Maclean, La part du feu (Rivages & Payot, 1992 - Poche)

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire