2015-04-20

Eschatologie pour débutants

Ce que l’économiste Fuyukama a appelé “La fin de l’Histoire” peut être grossièrement résumé ainsi : le capitaliste a gagné, les alternatives sont vouées à l’échec, nous en sommes réduits à consommer, jeter et oublier ce que nous avons consommé la veille, à un rythme accéléré, avec obligation d’endurer une interminable ère d’obscurantisme — ère dont le « bougisme » catéchisé masque mal une désespérante stagnation — à côté de laquelle le Moyen-Âge ressemblera à une fraction de milliseconde sur l’échelle de l’Histoire. Quelques esprits discordants l’ont vécu comme une impasse. Ils ont alors fait ce que la plupart des personnes sensées, acculées dans une impasse, font. Ils ont fait demi-tour.

Le petit monde de la « gothic country » s’est jeté sur les instruments traditionnels (guitare, contrebasse, violon, dulcimer, banjo, mandoline, planche à laver, dobro, bandonéon) ou bricolés artisanalement selon leur fantaisie (RT & The 44’s, AJ Gaither). Leurs noms, les titres de chansons ou de disques sont un indicateur de leur état d’esprit : Sons of Perdition, Hymns for the hopeless, The book of common despair, Judgment is coming, The ocean went mad and we were to blame, Hillfolk Noir, The Dark pioneers et — notre poulain du jour — Whitfield Fahrenheit & the Doomsday Trio.
Ils sont jeunes, ils sont nombreux, ils sont désespérés.
Et ils le font savoir.

Nous ne les aimons pas seulement parce qu’ils crédibilisent notre arriération. Nous ne les aimons pas seulement parce qu’ils illustrent nos obsessions sur l’oubli, l’effacement et la nostalgie, telles que l’écrivain WG Sebald les aborde dans la totalité de son oeuvre.
« dans les conurbations de la fin du XXe siècle, où chacun est remplaçable dans l'instant, et en fait superflu dès sa naissance, il importe de jeter sans cesse du lest par-dessus bord, d'oublier sans réserve tout ce dont on pourrait se souvenir, la jeunesse, l'enfance, l'origine, les aïeux et les ancêtres »
« C'est précisément pourquoi le souvenir et la transmission de l'information objective [...] doivent être délégués à ceux qui sont prêts à vivre avec le risque de la mémoire. Le risque est [..] que celui en qui continue de vivre le souvenir s'attire la colère des autres, qui ne peuvent continuer à vivre que dans l'oubli ».
Nous les aimons parce qu’ils font de la chouette musique (et que, parfois, il nous arrive de retenir le refrain).

Whitfield Fahrenheit n’a, officiellement, qu’une seule chanson publiée (« This Old House », sur le troisième volume des compilations du label « The Death Roots Syndicate » — téléchargement gratuit). On peut écouter quelques autres en démo sur Reverbnation. On attend un album avec toute la patience dont nous sommes capables (c’est à dire : peu).


Voici une traduction sommaire de Whitfield Fahrenheit présenté par lui-même :

« Whitfield Fahrenheit & the Doomsday Trio offrent une perspective unique sur les vestiges apocalyptiques des États-Unis. Documentalistes autoproclamés de l'apocalypse, le quatuor parcourt l’arrière-pays de ce qui est maintenant connu sous le nom de Fucked Up-States of America, les FUSA, comme les Wastelanders les appellent. Racontant leurs aventures en chanson et exposant satiriquement la longue liste des carences de ce pays, rien n’est sacré dans leur exploration musicale de la tragédie et de la souffrance humaine.

Depuis les rues infestées de zombies de Las Vegas aux friches dévoyées de ce qui était autrefois DC, du Nord-Ouest Pacifique surpeuplé à la rivière Mississippi saturée de sang, des collines des Appalaches au Kentucky cannibale, ils ont tout vu et n’ont pas peur de vous renseigner sur la décomposition du pays.

Composé de Whitfield T. Fahrenheit, Jasper Newton Daniel, Nikolai et Chub, le groupe trace au lance-flamme sa propre piste à travers la période la plus sombre de l'histoire du pays, apportant une once de légèreté à une situation autrement plus sombre. Utilisant une combinaison d'instruments folkloriques traditionnels, une liberté créatrice excessive, l'humour noir et une approche sans tabou de la narration, ils séduisent le public avec des mélodies accrocheuses et des paroles pleines d'esprit. Dans un mélange inhabituel de styles de musique folklorique traditionnelle, ils sont sûrs de vous divertir avec des histoires de meurtres et de destruction, de beauté et de vengeance.

Si jamais vous avez l'occasion de voir leur spectacle, vous ne serez pas déçu — évitez juste de mettre du sang sur le banjo... »

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire